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Livre vert du supportérisme : 1. Analyse et réflexion

Le Livre vert du supportérisme, a été rédigé par :
  • Nicolas HOURCADE, sociologue, professeur agrégé de sciences sociales à l’École Centrale de Lyon. 
  • Ludovic LESTRELIN, sociologue, maître de conférences en STAPS à l’Université de Caen Basse-Normandie.  
  • Patrick MIGNON, sociologue, responsable du laboratoire de sociologie de l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP). 
Ce texte met en évidence les analyses et les propositions pour construire une politique de bonne intégration des supporters dans le monde du football.


Dynamiser le football français 


Un comité de pilotage réunissant toutes les instances du football, a organisé le 1er congrès national des associations de supporters de football (28 janvier 2010).
pour faciliter le dialogue et engager un processus de concertation entre tous les acteurs concernés. Il s’agissait d’un point de départ visant à construire une politique de bonne intégration des supporters dans le monde du football.

Cette démarche s’inscrit dans une tendance de fond à l’échelle européenne.
Depuis l’arrivée à sa tête de Michel PLATINI, l’UEFA a considérablement renforcé le dialogue avec les associations de supporters. Cette collaboration a déjà débouché sur une recommandation à l’horizon 2012-2013 : l’obligation pour chaque club européen d’avoir un officier de liaison chargé de la relation avec les supporters.

L’organisation de l’Euro 2016 constitue une opportunité non seulement pour construire ou rénover des stades mais aussi pour dynamiser le football français et donner toute leur place aux supporters.
Nous devons mobiliser nos énergies pour poser ensemble les bases d’un football festif, respectueux, fraternel et apaisé et pour que ce sport soit le vecteur d’un « mieux vivre ensemble » au bénéfice de la société tout entière.

 2012 Le livre vert du supportérisme : Analyse et réflexion 


 Proposition 1 : Définir les droits et les devoirs des associations  
 Proposition 2 : Ouvrir les stades à tous les publics 
 Proposition 3 : Nouer un dialogue constructif avec les Ultras 
 Proposition 4 : Fédérer des associations proches plutôt qu'une fédération unique 
 Proposition 4 : Concilier sécurité et ambiance 
 Proposition 5 : Conventions entre le club et les associations 

Ces propositions sont présentées dans la suite.

Les associations de supporters doivent être des partenaires des clubs et des institutions tant localement que nationalement.
Renforcer l’intégration des associations des supporters dans le monde du football doit leur permettre de s’impliquer positivement dans la vie de leur club et dans l’évolution de ce sport.

Ces associations soutiennent l’équipe, animent les tribunes, créent des liens entre les supporters
et échangent avec les joueurs et les dirigeants. Au-delà des enceintes, elles mènent des actions sociales et caritatives qui touchent la communauté locale dans son ensemble. Ainsi, elles jouent pour leurs membres un rôle d’intégration sociale et de consolidation des identités individuelles et collectives. Elles constituent également des espaces d’apprentissage de la vie associative et militante. Elles peuvent donc contribuer à la cohésion de notre société.

 Proposition 1 : Définir les droits et les devoirs des associations  

Il est nécessaire définir les droits et les devoirs des associations de supporters afin de créer un cadre clair de relations entre elles et les autres acteurs.

 Proposition 2 : Ouvrir les stades à tous les publics 

Les stades doivent être ouverts à tous les publics, ce qui se concrétise par deux principes essentiels.

1. Le football doit rester un spectacle accessible à tous.
Il faut donc préserver une proportion importante de billets à des tarifs modérés pour que tous les amateurs de football puissent se rendre au stade (la politique de hausse des prix, pratiquée par l’Angleterre n’est pas viable en France).

2. Les stades doivent proposer différents espaces en fonction des attentes de leurs différents publics.
 - Offrir des endroits aux supporters pour mettre de l’ambiance et avoir des endroits où le faire sans déranger les autres.
- Permettre aux spectateurs de se rendre paisiblement au stade en famille ou en amis.
- Proposer des espaces de prestige pour les sponsors et les VIP.

Il importe de s’assurer qu’aucun type de public ne dissuade d’autres types de publics de fréquenter le stade (dans les faits, de nombreux amateurs apprécient de passer d’une zone à une autre).

 Qui sont les supporters ? 


De nombreux supporters rencontrés ont affirmé regretter voire souffrir d’être mal considérés. 

Il convient donc d’étudier ce qu’est réellement le supportérisme, tant dans ses aspects positifs que négatifs. Cela suppose de sortir de l’opposition classique entre joueurs et spectateurs qui revient à considérer que ces derniers sont nécessairement passifs. En effet, les spectateurs s’approprient le spectacle sportif : ils encouragent leur équipe, analysent les matches, débattent du schéma tactique et de la politique de leur club, critiquent joueurs et organisateurs du spectacle, s’interrogent sur leur mode de participation et élaborent autour du football des pratiques valant pour elles-mêmes. Ils sont le fameux douzième homme, dont la participation est attendue par les joueurs et dirigeants. À tel point qu’aujourd’hui, le spectacle d’un match de football professionnel est sur le terrain et dans les tribunes. Le supportérisme doit donc considéré comme une véritable pratique sociale, qui mérite d’être analysée sans préjugés, quels qu’ils soient.

Typologies des associations supporters

1. Les supporters classiques, généralement installés en tribune assise, chantent peu et ne se livrent guère aux insultes. Se comportant en clients, ils consomment le spectacle quand ils le jugent de qualité mais délaissent le stade quand le jeu ne leur convient pas. Si leurs manifestations de satisfaction ou d’insatisfaction ont un fort impact sur les joueurs et dirigeants, elles sont restreintes à l’enceinte du stade et ne se structurent pas sous une forme associative.

2. Les associations de supporters traditionnels ou officiels cherchent à nouer des relations étroites avec les joueurs et les dirigeants, à les aider sans entraver leurs actions. Ces associations rassemblent des supporters de tous âges, mais sont souvent dirigées par des personnes d’âge mûr. Revendiquant leur loyauté à l’égard du club, les supporters officiels s’investissent plus dans l’aide quotidienne au club que dans l’organisation de l’ambiance. Disséminés dans le stade, ils sont plus ou moins fervents selon qu’ils s’installent dans le kop ou en tribune assise. Ils défendent la morale du fair-play et s’efforcent de nouer des liens conviviaux avec les supporters adverses. S’ils valorisent leurs actions de supporters, leur passion demeure centrée sur leur équipe. Ces associations développent ainsi une vision consensuelle dufootball et se pensent comme associées à la vie du club, comme des partenaires des joueurs et dirigeants.

3. Les supporters autonomes, dont les ultras, qui sont pour l’essentiel des jeunes, forment aujourd’hui le pôle le plus actif du supportérisme français. Ils affirment l’extrémisme de leur engagement et leur autonomie par rapport aux associations officielles et aux dirigeants du club. Situés au coeur du kop et structurés en associations, ils préparent et mettent en scène le soutien à l’équipe. S’ils se focalisent sur les encouragements apportés à l’équipe, ils cherchent aussi à jouer un rôle dans la vie du club et dans le monde du football, en adoptant une posture contestataire. Tout en souhaitant avoir des relations avec les dirigeants, lesquels les reconnaissent généralement comme des interlocuteurs, ils se positionnent en acteurs ayant leurs propres intérêts. Ils revendiquent ainsi tant une fidélité extrême au club (attestée par des chants continus et une présence permanente à domicile comme à l’extérieur) que le droit de critiquer joueurs et dirigeants. Ils rejettent le fair-play qu’ils estiment hypocrite puisqu’ils considèrent le football comme un affrontement entre deux camps. Tout étant bon pour discréditer l’adversaire, ils d’imagination pour trouver des slogans insultants. Soucieux de défendre leur « territoire » face aux supporters adverses, il leur arrive de recourir à la violence physique, sans pour autant la rechercher de manière systématique. Leur passion est double : d’une part, le football et leur club, d’autre part, le supportérisme et leur groupe, qui constitue d’ailleurs souvent leur priorité.

4. Les hooligans ont quasiment disparu des stades français.
 Ils recherchent la violence et cultivent le secret. A ne pas confondre avec les Ultras.

Différences au sein des familles de supporters

  • La masse des supporters classiques oscille entre les positions défendues par les supporters officiels et celles prônées par les supporters autonomes. Certains groupes reprennent le style démonstratif des ultras tout en refusant, comme les supporters officiels, la violence. 
  • Au sein des associations officielles, certains membres sont systématiquement loyaux envers leur club alors que d’autres tiennent à préserver leur liberté de pensée.
  • Des supporters officiels refusent toute alliance avec les ultras, quand d’autres les considèrent comme des partenaires potentiels – et inversement. 
  • Du côté des ultras, tous ne s’intéressent pas aux mêmes aspects : ambiance, animation, organisation, revendications, convivialité, agressivité, risque…

 Quelles relations avec les Ultras ? 


-   Constat 1. Le « mouvement ultra » est tiraillé entre institutionnalisation et radicalisation. Il est ainsi partagé entre deux principales tendances, l’une recherchant une reconnaissance de la part des autorités et acceptant une certaine modération de ses comportements, l’autre insistant sur son caractère nécessairement rebelle et « underground ».
Constat 2. Les ultras se vivent comme des victimes des autorités sportives et politiques qui les assimileraient à des hooligans, qui les maltraiteraient et criminaliseraient certaines de leurs pratiques. Ils ont également le sentiment que toute entreprise de dialogue avec les instances nationales est vouée à l’échec.

 Proposition 3 : Nouer un dialogue constructif avec les Ultras 

Il est nécessaire de parvenir à nouer un dialogue constructif et productif avec les ultras afin de renforcer la tendance du mouvement ultra prête à modérer ses excès. Il est raisonnable d’espérer qu’un dialogue réussi puisse renforcer les groupes ultras dans leurs dimensions positives tout en restreignant les violences.

 Comment fédérer les associations de supporters ? 


Le constat de l’existence de deux grandes tendances du supportérisme associatif,

officiel d’un côté, autonome de l’autre, aux conceptions divergentes du rôle des supporters, a conduit à abandonner le projet d’une fédération nationale unique.

Les attentes des associations traditionnelles sont assez différentes de celles des groupes ultras.

Les premières mettent l’accent sur la reconnaissance de leur rôle et sur la proximité avec le club, ce dont elles bénéficient déjà dans certaines villes alors que dans d’autres une relation trop distante est regrettée. Les ultras ont eux des revendications propres contre une augmentation du prix des places, contre la répression qu’ils estiment abusive, pour la reconnaissance des associations de supporters comme des acteurs à part entière, ou encore pour la préservation de l’ambiance festive et populaire des stades.

 Proposition 4 : Fédérer des associations proches plutôt qu'une fédération unique   

Si une fédération unique paraît impossible, il faut inciter les associations de supporters

partageant des pratiques et des valeurs à se rassembler pour parler d’une même voix.

 Comment mettre de l'ambiance dans les stades ? 


La transformation économique du football appelle d’autres formes de mobilisation
de la part des supporters et l’ambiance est l’un des biais possibles de valorisation. L’ambiance est devenue fondamentale pour les joueurs et dirigeants, parce qu’elle aide l’équipe, parce qu’elle attire en elle-même une partie du public et aussi parce qu’elle prouve que ce spectacle est tellement passionnant qu’il mérite d’être vendu cher aux sponsors et télévisions.

Ambiance chaude mais sans débordement
Forts de leur savoir-faire en termes d’ambiance, les ultras défendent un football « populaire », un public « chaud » et des groupes de supporters actifs. Ils critiquent la volonté de certains dirigeants de clubs de prendre en charge eux-mêmes, à l’américaine, l’animation et l’ambiance des stades, par exemple en organisant des tifos. Mais qui ceux mettent le plus d’ambiance font aussi preuve parfois d’agressivité et d’esprit contestataire. Persuadés d’être les supporters les plus « authentiques », les ultras ont tendance à sous-estimer leur violence verbale voire physique et à mésestimer l’aversion que le climat qu’ils ont instauré dans les stades peut susciter chez certains amateurs de sport.

 Proposition 5 : Concilier sécurité et ambiance 

L’enjeu majeur est de concilier sécurité et ambiance. Il est nécessaire d’être ferme sur les questions de sécurité, ce qui conduit à exiger des associations de supporters un comportement correct et un rejet de l’organisation de toute violence, tout en reconnaissant l’importance du rôle de ces associations, en leur laissant notamment de l’autonomie pour organiser l’ambiance et les tifos.

 Quelle représentation des supporters ? 


Les supporters sont les seuls acteurs du football à ne pas être représentés au sein des instances nationales (LFP et FFF), L’idée que les supporters puissent être des acteurs constructifs du club est loin d’être entrée dans les mentalités.

Des situations locales très diverses
Si tous les clubs sont confrontés à ces tensions entre sécurité et ambiance et entre implication des supporters et réticences à leur égard, les manières de gérer ces tensions sont extrêmement diverses. Dans certaines villes, le souci de concertation entre le club et les associations de supporters se traduit par des relations régulières et constructives. Dans d’autres, les positions des dirigeants et des supporters sont opposées, la confiance est loin de régner et le conflit est parfois ouvert. De nombreux clubs sont dans une situation intermédiaire et variable selon les périodes.

 Proposition 6 : Conventions entre le club et les associations 

Un enjeu fondamental est de définir les rôles acceptables des supporters,
 en tenant compte du fait qu’ils ne voudront pas tous s’engager de la même manière. Il faut donc préciser comment les supporters peuvent s’impliquer dans le football et, notamment, comment ils peuvent être représentés au sein des clubs et des instances nationales. Il faut prendre acte que les associations de supporters font désormais partie des partenaires sociaux du football, qu’elles constituent l’une des familles du football, et donc leur accorder une place au sein des clubs et des instances. En contrepartie, il devra évidemment être demandé aux associations qu’elles se responsabilisent et mettent tout en oeuvre pour empêcher les débordements.
L’enjeu est de définir les droits et les devoirs des associations de supporters et de mettre en place des conventions entre le club, les associations de supporters et les collectivités territoriales.